Orwellisme

Publié le par Dross

Dans 1984, Orwell décrivait un système politique - économique totalitaire et, comme le définit souvent l’adjectif qui a découlé de cet auteur, bardé de caméras de vidéosurveillance.

Là réside effectivement l’une des caractéristiques de la société décrite dans l’œuvre. Elle est celle que l’on cite le plus régulièrement. Néanmoins, de nombreuses autres particularités au combien intéressantes, et propre à nous faire méditer sur notre monde, architecturent le récit. Je ne les citerai pas ici, afin que ceux qui n’ont pas encore lus cette œuvre majeure, puissent garder tout le plaisir (et l’effroi) de leur découverte.

Je m’attarderai pourtant sur l’une d’entre elles, basée sur les souvenirs que j’en ai.

1984 décrit une organisation mondiale assez dérangeante : il n’existe plus de pays, seulement trois blocs, tous trois de puissance et de superficie à peut près égale. Chacun de ces trois blocs tiennent leurs citoyens dans l’ignorance vis-à-vis des deux autres blocs, et sont en perpétuelle guerre avec chacun d’entre eux. S’arrangent toujours pour que les frontières ne changent peu, en alternant intelligemment victoires et défaites.

Dans ce livre, l’intérêt décrit d’un tel état de guerre permanent, est l’effort de guerre qui en découlerait naturellement. En manœuvrant intelligemment les commandes d’une telle machine, on s’aperçoit qu’il serait très facile de manipuler les foules, sans qu’elle-même ne s’en rende compte.
Le moral de la population baisse ? Il suffit de créer, et de retransmettre via les médias complètement intégrés à l’état, des victoires.
L’état à besoin de plus de productivité ? Il suffit de jouer sur la peur en générant des défaites.

De plus, dans un état de crise, les personnes sont souvent plus enclines à accepter des mesures qui, en tant normal, seraient désapprouvées vigoureusement.

 
Comme toujours avec Orwell, il est très intéressant de confronter ce qu’il a décrit, avec ce qui se passe à notre époque. 1984 est bien évidement caricatural, imposant, extrême.
Mais on ne peut s’empêcher de remarquer de nombreuses similarités.

Même si les ex-deux blocs Est-Ouest étaient particulièrement bien adapté à une analogie Orwell – Réalité, je préfère prendre des exemples actuels.
Et les blocs seraient tout choisis : Occident – Orient. Bien que les relations entre les deux, et à l’intérieur d’eux-mêmes, soient infiniment plus complexes et subtiles, qu’entre les communistes et les capitalistes.

En effectuant quelques simplifications grossières, mais pourtant nécessaires à mon propos, on arrive vite à y décerner de nombreuses analogies avec l’univers Orwellien. Et même si la généralisation est un manque de perspicacité et d’humilité, je l’utiliserai ici comme outils, trop conscient de ses limites, et des incohérences qu’elle engendra.


Déjà on peut considérer la relative, et pourtant réelle, méconnaissances des deux groupes. Je ne pourrais parler en ce qui concerne l’orient, mais ici, c’est affligeant. Combien de Français, quand on leurs parlent de ses pays, pensent à Mésopotamie plutôt qu’à terrorisme et fanatisme ? Quand on leur parle des cultures de là bas, pensent aux arabesques, mosquées, à l’histoire scientifique et à tant d’autres choses qui mériteraient notre plus grande attention, plutôt qu’à la lapidation ?
Je caricature, je ne cesserai de le répéter. Mais voir qu’une partie - même si elle est restreinte - de notre population pense effectivement cela, ne me laisse présager rien de bon pour le reste.

Les intérêts de la méconnaissance sont nombreux : toujours plus facile de manipuler des personnes sur ce qu’ils ne connaissent pas, plutôt que ce sur quoi ils vivent tout les jours.

Aussi, nous sommes en état de « guerre perpétuelle », symbolisées par les attaques terroristes et les frappes militaires des deux camps. Même si on ne peut, et ne doit, pas assimiler les islamistes aux populations arabes, certains états ont des positions tendancieuses à ce sujet.

Et les effets sont les mêmes : sur fond de peur, on vois partout les portes se refermer, l’exemple le plus parlant pour ce point est bien évidement la loi américaine sur l’espionnage des données privées, pour « la lute contre le terrorisme ».

Par contre, nous pouvons trouver une différence, importante de surcroît, entre les deux univers. Dans 1984, le système de « guerre perpétuelle » est gérée, planifiée, voulue par l’état. Ici, c’est un système chaotique et n’est absolument pas préparé, et pas vraiment désiré, par les différents acteurs, loin de moi donc l’idée de présenter ici une théorie du complot international des grands contre les populations. Et même si cela prête à sourire, cela existe pourtant sur la toile.

Assistons nous à l’implantation, naturelle, involontaire et invisible,
d’un système ressemblant sur certains points étrangement à celui de 1984 ?
Cette simple idée laisse méditatif.

Publié dans Alternatives

Commenter cet article

Naïve 15/10/2006 00:39

Oui, Orwell est tout bonnement un visionnaire de l'Etat dans lequel nous allons.Je me souviens d'avoir été proche de personnes qui ont voulu manifester contre la mise en place de la biométrie dans les écoles.Pour tout t'avouer, je ne te lis pas entièrement, la concentration me manque pour causer serieux la.Mais je te note dans mes liens.A plus

Dross 07/10/2006 23:12

Non, bien que j'aurai bien aimer le voir... D'ailleurs je ne savais pas qu'il y avait dedans cette idée Orient/Occident... Faudra que je le regarde ;)

amelichan 02/10/2006 11:57

c'est vrai qu'il est terrible ce bouquin....tu as vu le film "V for Vendetta" ?C'est le même thème, mais adapté à la sauce Orient/occident justement....c'est plutot sympa...

Dross 24/09/2006 17:08

message reçu ;)j'avais mal compris tes propos, je m'en excuse donc. J'aime bien d'ailleurs ton idée de comparer plus finement ces deux époques si différentes de celle d'Orwel et la notre. Le tout par le lien de ces livres "d'anticipation". A creuser.Sinon pour répondre a ta question : "Mais pourquoi prenons nous toujours la précaution de nous limiter aux mots de "ressemblance", "similarité"en citant Orwell?"Peut être par peur d'être trop direct, trop réactionnaire. Une telle affirmation n'engendrerai que de la réaction plutôt que de la réflexion. C'est en tout cas ce que je pense. Et réagir sans avoir au préalable réfléchit n'est jamais une bonne chose. De plus, certaines des personnes que j'ai pu lire sur la toile qui n'utilisaient pas ces nuances était carrément paranoïaques. Exemple que je n'allais bien évidement pas suivre. De plus, je trouve 1984 un peu caricatural, du coup seule "ressemblance" me parrait adaptée...

tiwen 24/09/2006 16:50

Juste pour réagir au commentaire laissé sur ma propre page... Ola, loin de moi l'idée de critiquer, encore moins ton article en particulier (c'est entre autre pour ça que je n'ai pas mis de lien). Je souscris tout à fait à l'idée qu'une oeuvre peut aller au delà de l'ambition initiale d'un auteur quand après son écriture, le lecteur peut se l'approprier avec un nouveau regard, 10, 50, 200 ans plus tard. Ma remarque était plus passagère et interrogative. C'est vrai que ce livre devient une référence tellement citée et le plus souvent en tant que "mise en garde" par rapport à un glissement éventuel vers un certain  "monde". Simplement, si en lieu et place de cette approche, on décidait de comparer la société actuelle à ce que connaissait l'auteur en 1948... Par exemple, la 2de guerre mondiale est un guerre de destruction et d'occupation, de conquète "à l'ancienne" mais menée avec de nouvelles technologies et moyens. A l'heure de la guerre préventive, certains états majors "faucons" ont déjà théorisé un état de conflit de faible amplitude mais permanent comme plus stable que une cohabitatin négociée. Je pense que l'expérience nous montre (capture de S. Hussein et date d'élections, bombardements aux heures de "prime time"...) que certainement Orwell pourait penser en 2006 qu'il s'agit là plus que de simple ressemblances, mais que dans un certain sens nous sommes déjà en 1984. Pourquoi ne pas imaginer une lecture de l'oeuvre en regardant ce qui dès à présent est comparable dans nos sociétés à ce qu'imaginait Orwell (dans l'idée je veux dire, car évidemment il a dû anticiper avec sa seule imagination). Et relever alors également ce qui est radicalement différent afin de mettre en valeur éventuellement des traits humains forts qui finissent généralement par mettre à mal les tentations et occasions vers le  totalitarisme... Et en retirer un certain optimiseme. Car après tout, le danger est présent, les tentatives sont multiples et aboutissent parfois, mais au moyen âge c'était pire !! Dans un registre plus "léger", J. Verne a prédit les sous marins qui sont devenus réalité. Qu'a imaginé Orwell (tout comme Huxley ou le Fahrenheit 451de Bradbury) pour mettre en garde ses contemporains qui soit aujourd'hui une réalité. Chacun en fonction de sa sensibilité verra un panel plus ou moins vaste "de menaces"à cocher... Le débat semble intéressant, pour le moins cela donne envie de ressortir les bouquins et de compléter la biblio... Quand il y aura un peu de temps.C'était une ouverture plus qu'une critique,Je ne me permettrait pas. Mais pourquoi prenons nous toujours la précaution de nous limiter aux mots de "ressemblance", "similarité"en citant Orwell?