Le graff... vue extérieure

Publié le par Dross



Oui, le sjt date un peu...  Mais justement, c'est peu etre une sorte de rappel, une sorte "d'hommage", pour montré qu'il n'y a pas que le pape (avec un petit "p") qui ai fait des actions... Et qui soit mort en se battant pour ce qu'il pensai...

Article tiré de l'Express... bravo a son auteur... pour sa lucidité.

Mickael, 19 ans, est mort noye dans la Marne, ou il avait saute pour echapper a la police. Il voulait faire un graff sur le bord de d'A4.
Le graff, vous savez, cette forme de creation typographique tres contemporaine, tres coloree... Mais si : on le voit reproduit sur les tee-shirts Agnes b, dans les gazettes branchees, meme sur les boites d'allumettes, pour ! On le voit dans la galerie d'art, des revues entieres lui sont consacres, des boutiques specialisees vendent le materiel pour en realiser... A-t-on jamais autant fait la promotion d'un delit?
Ernest Pignon-Ernest, c'est de l'art. Basquiat, c'est de l'art. La mosaique merdique sur le mur du college, c'est de l'art? Les trois bouts de ferraille torsades au milieu du rond-point, c'est de l'art (subventionne par l'argent de la decentralisation). Le graff, c'est un delit. Un delit puni d'une amend pouvant atteindre 75 000 euros et de cinq ans de prison. De quoi foutre a la baille...
Depuis quelques mois, la repression s'intensifie. C'est que cette delinquance est visible, elle est meme faite pour etre vue, c'est dans sa nature. Pas de chance. De plus, ses auteurs sont non violents, faciles a attraper. Un tagueur, ca court moins vite qu'un dealer, ca ne frappe pas comme un braqueur. Ce n'est plus de la chasse aux delinquants, c'est du braconnage. Un vrai reve de flic. Pourtant, peindre certains murs, ce n'est pas le degrader, mais plutot les faire monter en grade...
A Rome, sur une des lignes de metro, circulent des trains entierement graffes, en couleur. Il faut dire que dans ce coin-la, on n'a jamais eu peur de la peinture... Ici le graffiti est vecu comme un symbole d'insecurite. Le signe tangible du passage d'un sur notre territoire. (C'est le cas des tags, signatures vite posees, sans couleurs, faites plus pour que pour embellir). Ne pourrait-on pas voir dans le graff - creation elaboree, avec ses techniques et ses styles, une tentative positive d'appropriation de l'espace urbain.
Qui faut-il poursuivre et regarder se noyer dans la Marne ? Ceux-qui, maladroitement, illegalement c'est vrai, veulent poser de la couleur sur les murs, ou les urbanistes, promoteurs et architectes qui nous ont pondu des barres de 4 000 logements en rase campagne, des entrees de ville qui font mal aux yeux de laideur?
Que salit-on en peignant un mur antibruit au bord de l'autoroute? Faut-il que la peur sociale soit installee pour que l'on voie dans un signe en couleurs un danger! Effacez les graffs, dessous vous ne trouverez que le beton crasseux, des intertices urbains pisseux. Pour les banlieues, vous reviez d'un plan Marshall; pour l'instant, contentez-vous d'un plan Karcher.


L'Express du 26/04/2004
Mourir pour une image
par Joseph Maggiori

Publié dans Arts

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