Le CPE
Cela faisais quelques mois qu’on avait pas parlé de l’éducation, et la fin d’année approchant, nous nous devions bien d’avoir les traditionnelles révoltes d’étudiants ; soucieux de leur avenir, et prêt à tout pour éviter quelques heures de cours.
Encore une fois les élèves et les étudiants défilent joyeusement dans les rues et bloquent les lycées, universités. Sous l’impulsion de la CGT, pardon, de l’intérêt porté pour leur avenir, ils chahutent, râlent, crient en ce réflexe jouissif et bestial de regroupement en meute.
Bon, c’est cool : les 68ards sont de retour. Un tel hommage fera à coup sûr grand plaisir aux papys réactionnaires qui nous servent de dirigeants (ou d’oppositions, cela dépend du moment).
Enfin, j’arrête ici mes sarcasmes pour me pencher plus sérieusement sur les aspects que cette n-ième révolte soulève :
Tout d’abord, prenons ce qui est le plus dénoncé : cette fameuse période d’essais de deux ans. Il est vrai que c’est de loin la facette la plus contraignante, et la plus discutable. Bien que cet aspect sera apparemment revu, il n’en demeure pas moins qu’il est la cause de quelques craintes. La peur d’être renvoyé, et ainsi être en situation précaire pendant plusieurs mois.
Mais je ne peut m’empêcher de me dire que l’intérêt pour l’employeur est limité : en effet (et cela, bien entendu, les manifestants se gardent bien de le dire) former quelqu’un, perdre du temps et de l’argent pour intégrer un nouvel élément dans l’entreprise, pour ensuite le renvoyer est complètement stupide : vous croyez vraiment qu’un employeur serai assez con pour n’avoir que les inconvénients -formation du nouvel élément- et pas les avantages -un nouvel élément formé et (enfin) productif- ?
Il est évident que cette logique ne fonctionne que si la personne employée est motivée et veut vraiment travailler. En effet, un employeur qui n’arrive à rien avec une personne car elle « n’en a rien à foutre » préférera perdre le peu d’agent qu’il avait misé sur elle – en la renvoyant – et retenter sa chance avec quelqu’un d’autre.
Donc, en toute logique, ce CPE fait peur à tout ceux qui veulent gagner de l’argent en travaillant le moins possible (mentalité peu défendable, vous en conviendrez). Pour moi, les plus motivés et les plus travailleurs n’aurons pas de soucis à se faire.
(Ce qui expliquerai le fait que -chez les étudiants- seuls les Facs sont réellement en grève : car chez nous en prépa, on en parle, mais on préfère comme même assurer notre avenir par le travail personnel…)
De plus, croire que les employeurs licencient pour le plaisir de mettre les gens en difficultés est, pour moi, une idée typiquement communiste, tiré d’un cliché grossier.
Aussi, l’intérêt de ce nouveau contrat est d’obtenir une expérience professionnelle plus facilement : si l’employeur à moins de contraintes pour embaucher il sera plus tenté de le faire, et de donner leur chance à des personnes sans expériences professionnelles (indispensables pour obtenir un travail stable actuellement). Au pire, elles seront remerciées à la fin de la période d’essais (et encore, comme je l’ai dit plus haut, ce n’est pas évident) mais en ressortirons avec cette expérience si importante, c’est loin d’être négligeable…
Certains me dirons que les Etudiants ont les Stages pour acquérir cette fameuse expérience, et cela est vrai. Seulement à choisir entre travailler gratuitement (le Stage) et travailler en étant rémunéré (le CPE) mon choix est vite fait.
Car le gros problème de ce débat c’est qu’on regarde le CPE (qui contiens sa part d’inconnues et de potentiels problèmes) sans regarder la réalité : si nous avions vraiment un système parfait, ou les jeunes ne se feraient pas exploiter, ne seraient pas au chômage, n’auraient pas de situation précaire ; évidemment que le CPE serait inacceptable.
Mais c’est loin d’être le cas : certaines entreprises prennent des stagiaires plutôt que d’employer des jeunes (et les renouvellent à l’infini, dans le genre emplois précaire…), le CDD (déjà en place et abondamment utilisé) n’est pas bien différents du CPE concernant la précarité car il n’engage pas l’employeur à vous garder à la fin de la période convenu, sans oublier les entreprises qui refusent d’engager des personnes sans expériences…
Bref, les fameux acquis sociaux, j’aimerais bien qu’on me les montre avant de m’ordonner de défiler dans la rue, pour des idées qui ne sont pas les mienne.
La réalité est loin d’être rose. Et face aux problèmes, il n’y a qu’une solution : changer. Hypocrites sont ceux qui disent que le CPE agis contre les jeunes, car c’est pas loin d’être l’inverse.
Après, même si on se fout ouvertement de nous en nous faisant croire que le CPE est une régression sociale, je pence tout de même qu’il est difficile de savoir les effets qu’il aura (bon ou mauvais).
Mais cette incertitude est applicable à tout texte de lois, de constitution, de règles. Comment savoir s’il n’y aura pas d’abus ?
Aucun, il n’y a strictement aucun moyen de le savoir. Seul l’expérimentation le permet. Car entre la théorie et la pratique il y a tout un monde (surtout dans le domaine du social, de l’économie et de la politique) et c’est pourquoi il faudra bien qu’un jour les Français n’aient plus peur d’avancer. Quitte à se tromper, et a devoir reprendre (par la suite) le texte une fois, deux fois, cinquante fois si nécessaire : c’est véritablement la seule manière d’avancer et d’arriver au système le plus parfait qui puisse être.
Vous le comprendrez aisément : je suis fondamentalement pour le changement. Surtout quand ce qu’on a est médiocre, imparfait.
Le devenir d’un texte ; personne ne peut le deviner à l’avance.