Joel-Peter WITKIN
Public sensible s'abstenir
(Je n’aurais jamais crus écrire une telle chose sur mon blog, mais les photos qui suivent peuvent durablement choqué)
D’ailleurs ces fameuses photos choquent, elles doivent choquées, c’est ce qui fait un peu leurs beautés. Ces photos ? Ce sont l’œuvre de Witkin. Peut être l’un des américains les plus controverser d’ailleurs. Je les métrais (les photos) progressivement dans ce texte, pour le plaisir de la progressivité.

Tout d’abord, ce qui peut choquer dans ces photographies sont les sujets eux même : des cadavres, des malformés et des mutilés… Pour les anecdotes, il se fourni (en cadavres) dans l’endroit ou on les trouves : les morgues, qui, parait-il, se situent proches de son habitation. Ensuite pour les malformées, il ne se rend pas dans un magasin de malformées ;), ils les démarchent dans des petites annonces :
« Cherche têtes d’épingles, nains, géants, ailés, mains ou pieds changés, quelqu’un né sans bras, pieds, yeux, seins, organes génitaux, oreilles, nez, lèvres, hermaphrodites et teratoïds (vivant ou mort), quelqu’un portant les stigmates du Christ, des femmes dont les visages sont couverts de cheveux ou de grandes lésions de peau, désirant poser dans des robes du soir, des personnes qui vivent comme des personnages de bandes dessinées, des corsets, des fétichistes et des esclaves, et pour finir quelqu’un qui revendique être Dieu ».

Ainsi viens le problème de l’inspiration, là aussi Witkin sait faire dans la provocation (même si cela s’avère être la réalité) par sa façon de raconté son premier contact avec la mort :
« A six ans, j’ai assisté avec ma mère et mon frère à un carambolage impliquant plusieurs voitures à Brooklyn. De l’ombre des véhicules retournés, a roulé vers moi ce que j’ai pris pour un ballon, mais comme il roulait plus près et finissait par s’arrêter contre le trottoir où je me trouvais, j’ai pu voir qu’il s’agissait de la tête d’une petite fille. Cette expérience m’a fait tomber amoureux, non seulement d’elle, mais de la vie en général. Plus tard, lorsque pour la première fois j’ai tenu en main un appareil photo, c’était comme si je tenais la tête de cette petite fille. »

A cela je joins une citation de ce monsieur, qui à mon sens est très bien sentit :
« Quand les gens vous prennent pour un monstre, il n'y a qu'une chose à faire : dépasser leurs attentes. »
Le ton est donné. Pourtant dans ces photographies, malgré l’horreur, malgré le dégoût, reste une part énorme de rêve et de beauté. Ces productions sont fouillées, mais gardent une part de spontanéité. D’ailleurs, Witkin fait de nombreux dessins et collages pour trouver la composition de sa future photographie. Et pour ces tirages, il utilise des procédés assez singuliers :
Il gratte les négatifs avec des rasoirs, les impriment sur des papiers tissus, les maculent avec des piments, du café, du thé, les traitent à la cire d’abeille et les réchauffent pour fixer l’ensemble…

Bref quelqu’un d’assez singulier, car alors en même temps qu’il est le fruit de nombreuses contestations, ces techniques sont maintenant enseigner dans de nombreuses institutions d’art, et ses œuvres visibles dans de nombreux endroits.
Ces œuvres qui recherchent le malaise, la peur, le dégoût, la surprise, la contrariété et la révolte… mais qui savent pour autant resté imaginatives, belles, esthétiques et provoques l’admiration. Aurait on ici un membre de Dada ? La morale n’a plus cours ici… ce n’en est que plus beau.

Le plaisir vient aussi quand lui-même parle de son art :
"Weegee et Arbus étaient des primitifs spiritualistes.
Seul Evans percevait la sainteté. Je ne pense pas que l'on se souviendra de moi comme d'un artiste chrétien. Tout ce que je représente dans mon travail est un exemple des combats spirituels menés sur la dernière ligne de défense de la vie. Je suis "Jean-Baptiste" arpentant le désert de la photographie. Une voix dans le vide visuel ! Dans ce monde qui a perdu ses repères et qui agonise, certains me prennent pour un sombre fou qui ressasse ses quelques idées. J'ai été comparé à un meurtrier en série visuel par la presse parisienne.
Mon seul crime en série est d'écraser mes boîtes de céréales avant de les jeter à la poubelle. Je laisse à toute inspiration le droit de se manifester en moi. C’est ainsi que l'autre jour, à mon réveil, une image s'est imposée. On pourrait en faire une radiographie, mais son sens est plus clair quand on la dessine. Le dessin montre un foetus dans la matrice de sa mère engloutissant le pénis paternel en érection. Quel est le sens ? Le foetus est l'antéchrist se saisissant de la vie avant d'émerger des entrailles de la femme.
Êtes-vous choqué, cher lecteur ? Où riez-vous ? Il en va de même pour toute mon oeuvre, primitive mais élégante, comme les batailles, les victoires et les peurs dépeintes sur les parois des grottes de Lascaux. Nous vivons des temps sombres et prophétiques. Je crois que mon oeuvre apportera sa contribution à l'histoire, en indiquant les contre-courants, par rapport aux choix de la conscience que nous faisons maintenant sur les plus vastes enjeux de la vie et des valeurs."

Pour finir et montrer que Witkin reste définitivement hors norme, voici une description du personnage faite par un webzine :
« Au 1er abord, on est surpris de découvrir un homme si loin de ce que l'on pouvait imaginer en voyant ses photos - même les portraits qu'on publie de lui ne lui ressemblent pas.
C'est un Américain rondouillard de 60 ans, bien dans sa peau, chaleureux, attentionné, soucieux de vous mettre à l'aise. Puis on l'écoute. Il est brillant, d'une culture rare, plein d'humour et désireux de vous expliquer et de vous faire comprendre son oeuvre. Et on repart en s'apercevant qu'effectivement, Witkin et ses photos se ressemblent : ils ne parlent que d'amour. »
Mesdames, Messieurs, bienvenue dans l’univers de Witkin !